Ma première fois… si douloureux et si délicieux !

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Je n’étais pas obligée d’y aller. Je voulais faire comme tous les autres. Ils paraissaient si bien et si libres après avoir franchi ce pas. Ils n’en étaient pas à leur première expérience. La sensation, ils la décrivaient entre connaisseurs. Et davantage entre connaisseuses. Se vantaient de leurs exploits. Réels ou imaginaires. Rappelaient les figures qu’ils avaient reproduites et pour lesquelles ils seraient bien inspirés de graver sur une pierre. Pour ne rien oublier. Pour ne rien perdre du moment. « Tu es trop sage. Tu écoutes trop ce qu’on te dit. Lâche-toi un peu ! Amuse-toi un peu ! Nous, on y est allés et aujourd’hui, on ne regrette rien »… Et moi, je les écoutais. Ébahie. Envieuse. Curieuse. Alors, je décidai de franchir le pas.

Il était 17h25. C’était un samedi. C’est le seul jour où je pouvais m’éclipser. M’éloigner des regards moralisateurs des aînés. Des parents. Des encadreurs bienveillants. Un peu trop à mon goût. Ils m’empêchaient de vivre cette expérience moi aussi. Pour mon mal, je pensais. J’avais sans doute tort. Alors, il était 17h25. Le soleil était sur le point de se coucher. Moment parfait pour moi. Pour ne pas oublier la couleur que les derniers rayons rougeâtres donnaient à ma peau. Pour ne rien oublier de ce qu’on ressent à cette heure-là, entre le jour et la nuit, entre le permis et le proscrit.

Réussir mon entrée

Alors je fonçai. Je n’étais pas seule. Il y en avait une bonne brochette qui m’intéressait. Mais moi j’avais un faible pour le moins grand. Il n’était pas costaud, mais semblait outillé de l’essentiel pour mettre bien. Pour l’occasion, je voulais prendre le dessus. On m’a souvent soupçonnée d’aimer prendre le dessus. A tort ou à raison. Pour le coup, je ne voulais pas rater mon entrée. Ou plutôt, mon expérience. Il fallait que j’éprouve ce que les autres parvenaient à me faire imaginer. Il fallait que j’arrive à ressentir en vrai ce que mes sens me renvoyaient face aux témoignages des autres.

« J’avais peur. Très peur. J’hésitais à y aller. Sans prendre conseil. Sans avoir eu la bénédiction d’un aîné. »

On avait tous le même âge. Les filles surtout s’y étaient lancées depuis deux ou trois ans. Avec cette expérience, je n’avais plus le sentiment d’être à leur hauteur. D’avoir la légitimité de rire comme elles. D’avoir la prétention d’être supérieure ou égale à elles. Non ! Cela n’était pas envisageable.

L’envie d’apprendre mais la peur d’y aller seul. Photo: thumbs.dreamstime.com

Donc, ce samedi, entre le jour et la nuit, j’avais choisi le mieux outillé. Mes amies m’avaient prévenue que ce serait mémorable. Pour mes jambes d’abord. Mes cuisses ensuite. Je l’ai constaté. Les détails, je ne vous les dévoilerai pas. Euh, peut-être juste un bout. Tout ce temps, je suis restée au-dessus. J’avais peur. Très peur. J’hésitais à y aller. Sans prendre conseil. Sans avoir eu la bénédiction d’un aîné. Les encouragements de mes amies ne me suffisaient pas. Ils ne me rassuraient pas. Mais là, j’y étais et je ne pouvais plus rebrousser chemin. Il fallait choisir entre la peur et la liberté. Je voulais la conquérir, l’arracher cette liberté de la peur, de l’imagination, de l’inconnu.

Plaisir douloureux de 2 min

Tout a duré deux minutes. Tout cela pour deux minutes. Mais 120 secondes douloureuses pour mon entre-jambes. Je devais en plus faire des efforts pour y arriver. Pour atteindre le bout de cette crainte et sentir ce que cela faisait. De sentir le vent passer dans les cheveux crépus. De sentir mes jambes forcer pour avancer. De devoir lever mon fessier et le rasseoir successivement et très vite. Il fallait avancer. Plus j’accélérais, plus c’était douloureux. Moins j’avais peur. Oui ! Je l’avais fait.

« Le moment reste toujours aussi délicieux. Mes jambes fournissent le même effort mais la douleur est moins pesante. La crainte a disparu. »

Ce moment où tu défies une rue sur 30 mètres sans le secours de personne. Ce moment où tu vas avec le meilleur ami de ton frère aîné à son insu et au risque de voir quelques tresses défaites. C’était unique. C’était jouissif. C’était inattendu. Depuis lors, je ne m’en suis jamais défaite. Le moment reste toujours aussi délicieux. Mes jambes fournissent le même effort mais la douleur est moins pesante. La crainte a disparu. Enfin, je savais monter à vélo avant mes 10 ans sans l’aide de personne. Sans le contrôle de personne…

 

#LaWestern

Ce billet est ma contribution au #Mondochallenge organisé sur le thème de « Ma première fois». Vous pouvez lire dans ce même challenge les billets de Sonia Guiza et de Anani Agboh Elombarty.