Moulvoudaye : la solution vient du Nyébé

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Les hommes et les femmes de Moulvoudaye, localité de l’Extrême-Nord, ont trouvé le secret de leur développement. L’agriculture (culture du Nyébé) et l’éducation. Même la menace islamiste n’arrête pas leur courage. Illustration avec deux infatigables combattants.

 

Kawtal Haïrou ou «l’union du bonheur». C’est le nom qu’a choisi Maïramou Dah-Koudi pour le groupement d’initiative commune (Gic) qu’elle porte. Elle, c’est une dame courageuse. Elle ose, dans un espace complètement happé par les hommes, dire ce qu’elle pense et veut pour ses sœurs. On est bien en 2016 et non pas au 16e siècle. Ici, les femmes se cachent encore pour oser penser, pour revendiquer leurs droits. Certaines n’en connaissent d’ailleurs pas. C’est Moulvoudaye, une localité située dans le département du Mayo-Kani à l’Extrême-Nord du Cameroun. Ici, il faut savoir se battre. Maïramou l’a compris. Son combat, elle le mène sur un front assez original : l’éducation des femmes.

Avec ce Gic, Mme Dah-Koudi s’est positionnée comme le leader des femmes de Moulvoudaye. «Ici, les femmes s’investissent principalement dans l’agriculture et le commerce. Pour celles qui peuvent mettre un pied dehors. Beaucoup n’ont même pas le droit de sortir de leurs concessions parce que les maris le leur interdit», révèle-t-elle. Les conseils de femme à femme semblent ne pas encore porter de ce côté. «Elles ont du mal à accepter ce que nous leur disons parce qu’elles se demandent qui nous l’a dit. Elles refusent de nous écouter parce qu’elles estiment qu’on n’est pas assez crédibles pour leur dire comment faire», ajoute la porte-parole.

Maïramou Dah-Koudi

Le porte parole de Kawtal Haïrou espère ouvrir les yeux aux femmes. Photo: Alexandra Tchuileu

En effet, les femmes d’ici restent, entre autres, arc-boutées sur l’idée du mariage précoce, sous le prétexte qu’elles ont réussi ainsi. «Malheureusement, le problème de la scolarisation des filles vient des mères. Elles estiment que sans avoir été à l’école, elles sont dans leurs foyers et sont heureuses. Elles envoient donc leurs filles en mariage trop tôt parce que, disent-elles, elles risquent de jouer avec les hommes et de ne pas se trouver rapidement un mari», déplore encore Maïramou. Celle-ci ose lever la tête parce que, dit-elle, son mari est «lettré». Ancien percepteur dans une société D’État liquidée dans les années 90, il a pris soin d’envoyer ses filles à l’école et de soutenir sa femme dans ce combat silencieux mais louable qu’elle mène. Aujourd’hui, la présidente de Kawtal Haïrou ne bénéficie pas d’un financement particulier parce qu’elle n’était pas informée des possibilités.

Cheval à cajoler

Augustin Dakréo Kaoumaila ne peut pas en dire de même. Délégué du Gic Rachowa de Bihore Daram qui rassemble six femmes et neuf hommes, il réalise plus que des bénéfices grâce à l’activité que les membres et lui ont mise sur pied. C’est la culture du «nyébé». C’est une graine riche en protéine qui sert à faire plusieurs repas (sous forme de sauce notamment). Moulvoudaye s’est positionné, avec le temps, comme le marché du nyébé dans la région. Et ce Gic fait parte des pourvoyeurs de ce produit au marché. L’idée a germé en 2009 et a commencé à se concrétiser deux ans plus tard. «Nous avons commencé par des cotisations pendant deux ans. Lorsque nous avons réuni assez d’argent, on a lancé la culture du nyébé», dit-il.

Augustin Dakréo

Un cheval pour accroître la production de Nyébé à Rachowa. Photo: Alexandra Tchuileu

Cet argent correspondait à environ 40 000 FCFA à investir sur un quart d’hectare pour en tirer un bénéfice de 20 000 FCFA au terme des ventes. «Nous pouvons semer uniquement entre le 15 et le 31 juillet. Passée cette période, la récolte ne sera pas abondante si on met les graines en terre au mois d’août», dit-il. Ce calcul permet au Gic de faire des récoltes entre les mois de novembre et décembre de chaque année. «Nous faisons des réserves après la récolte pour vendre les sacs de nyébé un peu plus cher en basse saison. Jusqu’ici, les bénéfices nous ont permis d’acheter des petits ruminants (chèvres et moutons) que nous élevons et revendons ensuite. Toutes ces activités (élevage et petits commerces) permettent de nourrir les familles qui constituent ce Gic», se réjouit-il.

Avec le centre d’écoute, d’orientation, de conseil et d’accompagnement (Ceoca) de la commune, le Gic Rachowa a récemment bénéficié non pas d’un financement, mais d’un matériel plus adapté à ses besoins. Un cheval chargé de sa charrue. «Nous l’avons obtenu il y a deux mois. Ce cheval nous a permis de labourer 1,5 ha de terre en une semaine, ce qui n’était pas possible avant. Au moins, on n’est plus obligés de faire ce travail nous-mêmes», dit-il. Mais le groupe pense à ne pas épuiser le cheval. C’est une jument et tous comptent sur sa fécondité pour donner des petits qui vont l’aider à labourer ces champs. Personne ne veut la perdre avant qu’elle n’ait croisé un mâle sur son chemin pour lui donner des petits. Et espérer le bonheur de plus d’un Gic à Moulvoudaye.