Maga : Vivre de riz et de crédits…

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Au lendemain des inondations de 2012 à Maga dans la région de l’Extrême-Nord Cameroun, des milliers de personnes se sont déplacées. D’autres ont vu s’accroître leurs besoins déjà pesants avant ce coup de fouet de la nature. Quatre ans plus tard, ils se sont organisés en groupements d’initiatives communes (Gic). Les plus outillés s’en sont sortis. Les autres comptent sur la chance pour au moins rembourser les crédits à la base de leurs initiatives.

 

A 80 km de Maroua, ils n’ont pas grand-chose à envier au chef-lieu du département du Diamaré (Extrême-Nord, Cameroun). Ils essaient de s’adapter et de recréer un oasis au milieu de leurs difficultés. Eux, ce sont les habitants de Maga, hommes et femmes, qui ont décidé de mettre la main à la patte pour changer leur devenir. Tant bien que mal, ils initient depuis quelques années des projets pour y parvenir. Avec des échecs retentissants, et des succès à enseigner.

El Hadj Hissène Youssouf fait partie de la première catégorie. Lui, c’est le président de l’association de producteurs de riz de l’Extrême-Nord, notamment dans le département du Mayo-Danay. En réalité, il est à la tête d’un rassemblement de 280 groupements d’initiative commune. A ce jour, il regrette le choix de semences effectué par un projet présent dans cette localité, qui espérait créer une source de revenus. «Face aux changements climatiques, on a besoin de semences adaptées. Nous avons sollicité celles qui sont précoces et à court terme (3 à 4 mois pour mûrir) afin qu’elles ne rentrent pas dans la période de froid et puissent produire. Lorsque ces délais débordent, le riz rentre dans le sol et la récolte devient impossible», explique-t-il.

En effet, c’est aux mois de mai et juin qu’il est indiqué de semer du riz dans cette zone. Ce n’est qu’en milieu du mois de juillet que cette association a reçu des semences. «L’entreprise chargée de nous remettre ces semences ne l’a pas fait à temps et ne se soucie pas pour choisir des semences adaptées», ajoute l’agriculteur. Il s’agit de la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (Semry), mise en place en 1979. C’est avec son appui que les populations de Maga, productrices de riz, peuvent pratiquer à leur niveau cette culture.

El Hadj Hissène Youssouf

Le représentant des riziculteurs locaux croise les doigts pour avoir quelques graines de riz. Photo: Alexandra Tchuileu


Conséquence du dérèglement, il y a peu de chance que ces riziculteurs restituent dans les délais les crédits octroyés grâce aux projets locaux. Ils paient 51 000 FCFA (78 euros) pour avoir des semences à exploiter sur un demi-hectare ; les premiers crédits et les fonds personnels ne servant qu’à louer des parcelles de terrain à cultiver, avec la promesse d’offrir six sacs de riz au propriétaire après la récolte. Autant d’engagements qui font planer le doute sur ces Gic, initialement optimistes.

En attendant la hausse des prix…

Youssouf est loin d’être un illettré. Il sait exactement de quoi il se plaint et les objectifs qu’il veut atteindre. Nanti de son baccalauréat A4 Allemand obtenu au Tchad voisin après deux tentatives ratées d’un probatoire, il a choisi de cultiver sa prospérité dans les plantations de Maga depuis 2008. Aujourd’hui, il doit trouver une solution, avec son association, pour restituer le crédit octroyé dans le cadre d’un programme financé par le gouvernement camerounais et appuyé par le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD).

Bouba Hamiri ne peut en dire autant du sorgho qui lui a souri cette année. Il est heureux de faire savoir que le Gic Abakaye de Guirvidig (Maga), dont il est le délégué, conjugue le chiffre d’affaires au pluriel depuis 2013. En attendant que les prix remontent sur le marché, il a sécurisé sa récolte de 161 sacs de sorgho dans deux magasins.

Bouba Hamiri à Maga

Bouba Hamiri, fier de porter le Gic producteur de sorgho qui réalise des bénéfices. Photo: Alexandra Tchuileu

«A cette période, le sac de sorgho coûte 10 000 FCFA (15 euros) sur le marché. Nous attendons août pour écouler nos réserves à raison de 25 000 FCFA (38 euros) le sac. Ainsi, nous aurons plus de bénéfices avec nos clients qui viennent principalement de Yagoua et du Tchad voisins», espère-t-il. Malin de réfléchir ainsi. C’est l’astuce que Bouba et son Gic ont imaginée pour fructifier le crédit obtenu en 2013. Plus de 3,5 millions de FCFA (5400 euros) pour changer leurs niveaux de vie. Jusqu’ici, ils ont déjà récolté 4 millions de FCFA de bénéfices. «Nous avons prélevé deux millions de FCFA pour envoyer quatre de nos enfants à l’université. Ils viennent de réussir au baccalauréat et nous souhaitons qu’ils aillent le plus loin possible. Ils seront inscrits dans les universités de Maroua et de Ngaoundéré», ajoute-t-il.

C’est le rêve des 59 membres du Gic Abakaye, tous habitants de Guirvidig à Maga, qui se réalise peu à peu. Une lueur d’espoir et d’optimisme pour ceux qui n’avaient plus la flamme de la réussite dans cette localité. Problème, ils ont le défaut de leurs qualités. A force de briller par leurs résultats, ils ont ébloui les autres initiatives qui ne prospèrent pas et ne parviennent donc pas à rembourser les crédits dans les délais comme eux. Conséquence, ils doivent désormais compter sur eux-mêmes, sans plus attendre de crédit pour continuer de faire tourner la machine de leur succès.